Du bon usage de l’Italie
Éditoriaux

Santé publique : on meurt de droits

Le SSN coûte plus de 140 milliards par an. Ceux qui travaillent le financent, puis paient souvent encore pour se soigner. Un droit plein sans devoirs proportionnés est-il encore soutenable ?

La santé publique n’est pas gratuite. Elle est déjà payée. Mieux : elle est prépayée.

Elle est payée par les impôts, sur la fiche de paie, par les cotisations, la TVA, par cette pression fiscale qui a atteint en 2024 42,5 % du PIB. Ce prélèvement comprend aussi le Servizio sanitario nazionale, le SSN [service national de santé italien] : en 2025, les dépenses publiques de santé ont été évaluées à environ 141,5 milliards d’euros ; en 2026, elles sont prévues autour de 148,5 milliards. Plus de 6 % du PIB. Pas un poste secondaire, mais l’un des grands piliers du coût de l’État.

Puis vient la réalité, et la réalité prend presque toujours la forme d’une liste d’attente. On finance le système public, puis on prend rendez-vous dans le privé. On paie le SSN, puis on paie le centre de diagnostic. On cotise pour le droit aux soins, puis on achète une assurance ou on met la main au portefeuille pour ne pas attendre des mois.

C’est là que le mot « droit » commence à se fissurer. Car un droit payé deux fois n’est plus seulement un acquis civique : il devient une question légitime.

Combien cette promesse coûte-t-elle réellement au contribuable ? Et que recevrait-il s’il pouvait conserver au moins une partie de ce qu’absorbe aujourd’hui un système qui, souvent, ne parvient pas à le soigner dans des délais compatibles avec ses besoins réels ?

Ce n’est pas une question contre la santé publique. C’est une question pour sauver la santé publique d’elle-même.

L’article 32 de la Constitution italienne protège la santé comme droit fondamental de l’individu et intérêt de la collectivité. Une formule élevée, noble, nécessaire. Mais le droit est une matière vivante : il naît à une époque, évolue dans l’histoire, doit se mesurer à la réalité. Aujourd’hui, la question ne peut être éludée : cette lecture de l’article 32 suffit-elle encore face à un État aux prélèvements démesurés, à des listes d’attente structurelles, à des dépenses croissantes et à un cercle de bénéficiaires toujours plus large ?

On vit de droits, certes. Mais on en meurt lorsqu’ils sont séparés des devoirs.

Une communauté nationale n’est pas un distributeur automatique moral. C’est un pacte, une alliance, un acte de confiance réciproque. D’abord contribuer, ensuite exiger. D’abord appartenir à ce pacte, ensuite accéder pleinement à ses bénéfices. Le Service national de santé a été construit par des générations qui ont travaillé, cotisé, renoncé, entretenu des hôpitaux, formé des médecins, payé des structures. Ce n’est pas une rente naturelle. C’est un patrimoine national.

C’est pourquoi le plein accès ordinaire au SSN devrait être réservé aux citoyens et, avec prudence, à ceux qui démontrent un parcours contributif long et proportionné. Pour les autres : soins urgents, protection des mineurs, soins essentiels de maternité et santé publique toujours garantis ; mais prestations ordinaires par assurance obligatoire, contribution spécifique ou remboursement au coût réel.

Aujourd’hui, au contraire, le ressortissant étranger titulaire d’un titre de séjour régulier peut s’inscrire au SSN ; la couverture peut aussi s’étendre aux membres de sa famille à charge en séjour régulier. C’est la loi en vigueur. Mais précisément parce qu’elle est en vigueur, elle peut être discutée.

Il ne s’agit pas de refuser des soins. Il s’agit de rétablir une proportion.

Si un seul revenu ouvre un accès durable aux soins à un foyer nombreux, alors que la famille italienne moyenne est désormais petite, qui supporte la différence ? Qui paie l’écart entre ce qui est versé et ce qui est reçu ? Est-ce encore de la solidarité, ou une forme de bienfaisance publique administrée avec l’argent d’autrui ?

Un État sérieux doit avoir le courage de distinguer : oui à l’urgence, oui à la santé publique, droits pleins uniquement dans une appartenance réelle et contributive.

Le reste n’est pas de l’humanité. C’est de l’imprudence comptable. Et l’imprudence, tôt ou tard, présente toujours l’addition.

Sources

Cette page est une traduction réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle et vérifiée chiffre par chiffre sur l’original italien. Le texte italien fait foi. Lire l’original en italien.