École italienne, le faux dilemme du 4+2
Ce n’est pas le temps qu’il faut réduire, c’est le vide à l’intérieur du temps
Le débat sur l’école italienne a été enfermé, une fois encore, dans un cadre trop commode : cinq ans contre quatre, tradition contre modernité, lycée contre travail. C’est le moyen parfait de ne pas regarder le véritable enjeu. Le problème de l’école n’est pas la longueur du parcours, mais ce qui reste dans la tête d’un élève lorsque ce parcours s’achève.
La filière technologique et professionnelle 4+2 peut être une réforme intelligente ou l’énième jeu du Guépard dans ce pays : changer la durée, les sigles, l’architecture et le langage pour que rien ne change sur le fond. Si elle signifie quatre années sérieuses, deux années d’ITS Academy [instituts technologiques supérieurs italiens], de vrais ateliers, des entreprises sélectionnées, des enseignants préparés et des débouchés mesurables, elle peut rendre sa dignité à l’enseignement technique. Si, au contraire, elle devient seulement un raccourci pour orienter plus tôt les jeunes les plus fragiles vers une voie secondaire, ce sera une modernité de façade : un nouveau contenant pour le vieux vide.
Les chiffres disent que le problème n’est pas imaginaire. Le décrochage scolaire explicite a diminué, et c’est positif. Mais le décrochage implicite reste lourd : des élèves qui restent à l’école, obtiennent un diplôme, mais ne maîtrisent réellement ni l’italien, ni les mathématiques, ni la méthode, ni la capacité de raisonnement. C’est là que le pays devrait trembler. Car une école qui retient les corps sans instruire les têtes ne forme pas des citoyens : elle distribue des reçus.
La véritable réforme devrait commencer par une question brutale : que doit savoir faire un jeune à seize, dix-huit, vingt ans ? Écrire une page claire. Comprendre un texte complexe. Construire un raisonnement. Utiliser les chiffres sans peur. Connaître suffisamment l’histoire pour ne pas se faire manipuler par le premier prédicateur numérique venu. Parler un anglais convenable. Maîtriser la technologie, plutôt que la subir. Peu de choses, mais sues jusqu’à la moelle.
Les solutions existent et n’ont pas besoin de proclamations. Premièrement : un programme national plus resserré et plus exigeant sur les compétences fondamentales. Deuxièmement : des évaluations annuelles utilisées pour intervenir immédiatement là où les élèves s’effondrent, plutôt que pour produire des classements. Troisièmement : il faut un plan spécial pour les établissements où l’école recule : davantage de temps utile, un tutorat sérieux et des évaluations publiques des résultats. Non pour stigmatiser ces écoles, mais pour empêcher que le code postal continue de décider du destin d’un jeune. Quatrièmement : une véritable carrière pour les enseignants. On ne peut demander à un professeur de sauver la République en le traitant comme un fonctionnaire fatigué.
Enfin, l’enseignement technique doit sortir du ghetto culturel. Il ne doit pas être l’école de ceux qui « n’y arrivent pas », mais la voie noble de ceux qui apprennent un métier exigeant, utile, précis, moderne. L’Allemagne et la Suisse l’ont compris depuis longtemps : travail qualifié et culture ne sont pas ennemis.
L’école italienne n’a pas à choisir entre savoir et métier. Elle doit exiger les deux. Mais pour cela, elle doit cesser de changer l’enseigne à la porte sans vérifier qu’à l’intérieur, on enseigne vraiment.